Pour éviter la prolifération des légionelles dans un établissement, il faut empêcher les conditions qui favorisent leur développement : une eau tiède (entre 25 et 45 °C), stagnante, entartrée ou corrodée. Concrètement : produire l’eau chaude à plus de 55 °C, la maintenir à plus de 50 °C en tout point du réseau bouclé, garder l’eau froide à 20 °C ou moins, purger les points d’eau peu utilisés, entretenir les installations, puis surveiller et tracer le tout dans un carnet sanitaire.
Qu’est-ce qu’une légionelle et pourquoi est-elle un risque pour un établissement ?
Les légionelles sont des bactéries du genre Legionella, présentes en faible quantité dans les milieux naturels (eau douce, sols humides). Elles deviennent un risque lorsqu’elles colonisent des réseaux d’eau artificiels : eau chaude sanitaire, circuits de refroidissement, tours aéroréfrigérantes, bains à remous.
La contamination se fait par inhalation de fines gouttelettes d’eau contenant des légionelles, par exemple sous une douche. Elle ne se fait pas en buvant l’eau. Elle peut provoquer la légionellose, une pneumonie parfois grave, ou la fièvre de Pontiac, forme bénigne proche de la grippe. Les symptômes apparaissent généralement dans un délai de 2 à 14 jours après l’exposition.
Pour un exploitant, l’enjeu est double : la santé de vos occupants, clients, patients ou résidents, et votre responsabilité en tant que propriétaire ou responsable des installations.
Dans quelles conditions les légionelles prolifèrent-elles ?
Les légionelles se développent surtout lorsque plusieurs facteurs sont réunis :
- Une température favorable : elles prolifèrent entre 25 et 45 °C, avec un optimum autour de 30 à 37 °C.
- Une eau stagnante : bras morts, points d’eau peu utilisés, chambres ou locaux inoccupés, réseaux surdimensionnés.
- Un réseau entartré ou corrodé : le tartre, la corrosion et le biofilm protègent les bactéries et les nourrissent.
- Des dispositifs à risque : douches, douchettes, bains à remous, qui produisent des aérosols.
Les établissements qui accueillent du public sont particulièrement concernés : hôtels, résidences de tourisme, campings, établissements de santé, établissements sociaux et médico-sociaux, établissements pénitentiaires, établissements sportifs avec douches.
Les 6 mesures clés pour éviter la prolifération des légionelles
1. Maîtriser la température de l’eau
C’est le premier levier de prévention. Les repères à connaître :
| Point du réseau | Repère réglementaire ou recommandé |
|---|---|
| Production d’eau chaude sanitaire | Supérieure à 55 °C |
| Réseau d’eau chaude (tout point du réseau bouclé) | Supérieure à 50 °C |
| Eau froide sanitaire | 20 °C ou moins |
Attention aux risques de brûlure : la température de l’eau aux points d’usage destinés à la toilette est plafonnée. Les mitigeurs thermostatiques permettent de concilier prévention des légionelles et sécurité des utilisateurs.
2. Éviter la stagnation de l’eau
Une eau qui ne circule pas se réchauffe (ou se refroidit trop peu) et devient un terrain idéal.
Pour la limiter :
- Purger régulièrement les points d’eau peu utilisés (douches, lavabos, robinets de chambres vacantes).
- Supprimer les bras morts et éviter les tronçons inutilisés lors des travaux.
- Adapter le dimensionnement du réseau à l’usage réel du bâtiment.
- Anticiper les périodes d’inoccupation : un établissement saisonnier ou inoccupé pendant au moins six semaines consécutives est soumis à des dispositions spécifiques avant sa remise en service.
3. Entretenir et détartrer les installations
Le tartre et la corrosion favorisent le biofilm. Il faut donc planifier :
- l’entretien et la vidange des ballons de stockage ;
- le détartrage des pommeaux de douche, flexibles, mousseurs et brise-jets ;
- le contrôle du bon fonctionnement du bouclage et des mitigeurs ;
- le remplacement des composants vétustes ou corrodés.
4. Surveiller la température et la concentration en légionelles
La surveillance repose sur deux volets complémentaires :
- Relevés de température à la production, aux retours de boucle et aux points d’usage à risque.
- Analyses de légionelles par un laboratoire accrédité, avec des fréquences qui dépendent du type d’établissement (consultez les annexes de l’arrêté du 1er février 2010).
Le seuil de référence aux points d’usage est de 1 000 UFC/L de Legionella pneumophila. Au-delà, des actions correctives s’imposent (désinfection, rinçage, contrôle du réseau, nouvelle analyse).
5. Tenir un carnet sanitaire à jour
Le carnet sanitaire est le registre de la traçabilité. Il regroupe notamment :
- les plans du réseau d’eau ;
- les relevés de température ;
- les résultats d’analyses de légionelles ;
- les opérations d’entretien, de maintenance et de traitement ;
- les actions menées en cas d’anomalie.
Il doit pouvoir être présenté aux autorités (ARS, notamment en cas de cas de légionellose lié à l’établissement). Attention : le carnet de chaufferie n’est pas le carnet sanitaire. Un carnet incomplet ou inexistant fait partie des manquements les plus souvent relevés lors des inspections.
6. Évaluer les risques de votre installation
L’arrêté du 30 décembre 2022 impose une évaluation des risques liés aux installations intérieures de distribution d’eau destinée à la consommation humaine, qui inclut le risque légionelles. Cette analyse permet de repérer les zones à risque (bras morts, points peu utilisés, production insuffisante) et de prioriser les actions.
Quelles sont les obligations réglementaires pour un ERP ?
Le cadre repose principalement sur trois textes :
- L’arrêté du 1er février 2010 (modifié par l’arrêté du 30 décembre 2022) : surveillance des légionelles dans les installations de production, de stockage et de distribution d’eau chaude sanitaire des établissements concernés disposant de points d’usage à risque (douches, douchettes, bains à remous).
- L’arrêté du 30 novembre 2005 : règles de température de l’eau chaude sanitaire.
- L’arrêté du 30 décembre 2022 : évaluation des risques des installations intérieures de distribution d’eau.
Le responsable des installations (propriétaire ou exploitant) doit garantir la surveillance et la traçabilité. Les ARS programment des inspections, en particulier dans les établissements de santé et médico-sociaux.
Les erreurs fréquentes à éviter
- Relever les températures sans les consigner ni analyser les écarts.
- Oublier les chambres, douches ou locaux peu utilisés lors des purges.
- Confondre carnet sanitaire et carnet de chaufferie.
- Ne pas anticiper la remise en service après une période de fermeture.
- Dépendre de plusieurs prestataires sans vision consolidée des contrôles et des échéances.
Comment un logiciel de GMAO aide à prévenir les légionelles ?
La prévention des légionelles est avant tout une question de régularité et de traçabilité : des relevés à faire à la bonne fréquence, des purges à planifier, des analyses à commander, des prestataires à suivre, des preuves à conserver. C’est exactement ce qu’une GMAO permet d’organiser.
Avec Gammeo, vous pouvez :
- cartographier votre patrimoine et vos installations d’eau, site par site ;
- planifier les contrôles et opérations d’entretien avec des échéances et des alertes, sans ressaisie manuelle ;
- suivre vos prestataires et centraliser leurs interventions et rapports ;
- historiser chaque intervention pour disposer d’une traçabilité prête en cas de contrôle ;
- piloter votre conformité grâce à des tableaux de bord, y compris sur plusieurs établissements.


